Trouver "son" train est un invraisemblable casse-tête ; soit les convois au départ ne sont pas au tableau d’affichage, ou bien l’affichage en question s’avère faux. Tout le monde essaye d'aller là où il pense trouver son train, sans savoir si c'est la bonne idée. Les trains sont vieux et immenses, en ferraille peinte en gris, avec des barreaux aux fenêtres, d'un confort on ne peut plus rudimentaire (6 couchettes + 2 dans le couloir). La locomotive fonctionne au charbon. Sur les quais, il y a des charriots avec d'énormes paquets cousus dans de la toile de jute comme au temps de la Compagnie des Indes. Cris et bousculade. Des gens affligés toutes sortes de misères, des meutes d'enfants abandonnés vivent dans les recoins de cette immense gare que j'ai explorée. Dans les kiosques à journaux, pour des raisons non élucidées, on vend des piles de "Mein Kampf". J'ai eu l'impression de voir l'enfer sur terre, dans la gare d'Old Delhi. Cliché ou pas, c'est la réalité.
A 5H30 du matin, le train est arrivé à Ramnagar, d'où l'on peut se rendre dans la Corbett Tiger Reserve. Jim Corbett est un English devenu célèbre pour avoir chassé les tigres mangeurs d'homme qui sévissaient au debut du siècle dernier dans le coin. Mais il a surtout fait des photos, et lancé un vaste projet de protection des fauves qui peuplent cette région de l'Uttaranchal. La réserve fait 1320 km2 et elle contient - en principe - 140 tigres et 300 éléphants. Les animaux ne sont jamais appatés, et ne sont pas équipés d'une puce electronique. Le décompte est fait par les gardes forestiers qui surveillent et notent la forme et le nombre des empreintes. Tout ceci est géré par l'Etat. Donc arrivée sur place, j'ai pris un permis d'accès à la réserve - c'est obligatoire - comme il est obligatoire de louer un jeep avec un chauffeur et un guide, tous deux accredités par l'administrateur de la réserve. Il est interdit de se balader à pied dans la jungle.
Je me suis renseignée avant tout sur la météo : l'administrateur m'a dit que depuis 5 jours la mousson était assez calme, et qu'on prévoyait aujourd'hui les typiques pluies quotidiennes, mais pas de très fortes. Il est un homme responsable, m'assure-t-il, et si moindre danger était couru, il aurait dit Niet à mon expédition. C'est le genre de situation où l'on se croit ailleurs qu'aux Indes tellement c'est bien organisé...
Les Siwalik Rangers dominent cet endroit magnifique, ce sont les premiers contreforts himalayens (à vol d'oiseau le Népal est a 120 km). Grand bonheur de partir à l'aube pour cette aventure. Le guide et le chauffeur étaient sympas et nous étions, de plus, les seuls dans la réserve à l'exception d'une mega jeep avec 6 jeunes indiens de la classe favorisée. La classe qui a du fric en Inde est immonde : on ne peut pas imaginer plus méprisante avec tout ceux de leurs compatriotes qu'ils jugent inférieurs.
La matinée a été très excitante : en fait le chauffeur comme le guide voulaient vraiment trouver des tigres, alors que ce n'est pas la bonne saison pour les voir ; la mousson fait que les fauves n'ont plus besoin de se rendre dans les points d'eau permanents pour se désaltérer. Le terrain était très difficile, avec des digues de béton effondrées emportées 15 jours avant par les pluies ; aussi le chauffeur cherchait-il des endroits de la berge qui soient carrossables pour traverser les rivières nouvelles-nées. Il avait aussi en tête de semer la jeep des Indiens, c'était un concours de savoir-faire et de ressources mécaniques de la Jeep de chacun, une affaire de point d'honneur. Je ne pensais pas qu'on pouvait faire des manoeuvres aussi extravagantes avec un véhicule, tout Jeep qu'il soit. D'ailleurs - et à notre grande satisfaction - les indiens et leur chauffeur ont du abandonner la partie, enlisés, tandis que dans l'herbe à éléphant, le guide et moi faisions les contrepoids comme sur un voilier pour permettre à la jeep de s'extirper des marécages, c'était formidable, on s'amusait vraiment bien. On a vu des empreintes de tigres et d'éléphants, mais pas les bêtes elles-mêmes : il y en avait des tas d'autres, mais bon, on était ici pour pister le tigre !
Souvent il fallait que Rendel (le pilote) coupe des branches et les mette sous les roues, ou bien nous nous extrayions des bourbiers dans une giclée de gadoue, nous étions maculés de de taches. Ces types sont jeunes, dans la trentaine, cela semblait ne pas les déranger, au contraire, cette balade un peu duraille. Enfin vers 13 heures la Jeep a mis le cap sur une maison forestière où l'on peut se reposer et manger sur le pouce, du riz et du thé. Il y avait les indiens snobs qui étaient déjà là, ils faisaient la gueule car ils craignaient qu'on ait vu des tigres et pas eux. Ils semblaient bien soulagés que non, on en ait pas rencontré. Rendel a dit qu'on les verrait, les tigres, au crépuscule ; il a dit cela surtout parce que les indiens prétentieux repartaient à ce moment de la réserve, et que moi j'avais demandé a y rester jusqu'au soir. Il a été convenu de ne repartir que vers 15H. C'est très fatigant c'est vrai, les accidents de terrain font de la bagnole un tape-cul, le mieux est d'être debout en tenant les arceaux. La jeep est équipée de deux rangées de sièges en plus des sièges avant ; le guide était au premier et moi derrière lui, nous occupions naurellement les positions stratégiques. On peut même se mettre debout sur les sièges, à l'arrêt (!) pour scruter les alentours !
3 commentaires:
C'est passionnant et fort bien écrit ce que tu racontes (les fautes d' orthographe mises à part ...) J'ai revécu comme si j'y étais tes aventures à Corbett park.
Tous les Indiens de la haute société ne sont pas puants. Il y a des grands seigneurs généreux en Inde. Ne carricatures pas (il faut un s à l'imperatif ? :-) )
Raphael
Tu as raison. J'en ai même rencontré ...
Mais je voulais parler des nouveaux riches, de la bourgeoisie émergente. Pas de l'artistocratie, qui a d'autres valeurs.
Il ne faut pas de "s" à l'imparatif. Et je promets de reprendre une par une les fôtes qui traînent partout sur mon blog !
Et je suis mal partie pour les fautes ... y en a partout, même dans mon commentaire ...
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