21 août 2007

Aventures tigresques - 2e séquence


Et puis pendant que j'écrivais dans mon cahier sous la véranda de feuilles de palmes, la pluie a commencé à tomber ; les rangers fumaient et l'eau tombait avec une force incroyable, une densité inouie. Rendel et le guide sont arrivés, très pressés, pour me dire qu'il fallait partir, que la pluie ne s'arrêterait pas et que, même si c'etait le cas, la jungle serait un tel bourbier que de toutes facons, on ne pourrait rien faire de mieux. J'étais d'accord, c'était l'option raisonnable, j'ai mis mes affaires dans des sac de la Fnac que j'ai noués avec de la cordelette à cause de l'humidité, et nous avons couru a la jeep, bâchée maintenant, accompagnés d'un jeune gars pour donner un coup de main au cas où, vu que le retour vers les postes de sortie risquait d'être difficile. Ce l'a été, mais je passe les détails de cette route infernale, sous une pluie terrifiante, avec des arbres tombés qu'il fallait contourner, les ruisseaux devenus des torrents, la nature complètement chamboulée. C'etait une sacrée expérience et j'ouvrais tout grand les quinquets pour ne rien perdre du spectacle. Et puis nous sommes arrivés devant ce qui était le matin un aimable petit torrent, pareil à la Durance quand on la traverse à pied sec, qui s'etait transformé en un énorme torrent brunâtre. Là, Rendel, tout casse-cou qu'il s'était montré, il a dit non, on y va pas. Le guide lui a crié d'y aller, que l'eau arrivait derrière aussi et qu'il devait nous rester quelques minutes pour lancer la jeep de l'autre côté. Rendel a decouplé les trains de roue d'un geste sec, le moteur a rugi et la jeep s'est projetée en avant. Le choc a été très puissant, et puis aux deux-tiers du torrent, nous avons vu une gigantesque masse d'eau qui déboulait, chargée de branches, de troncs, et nous avons tous sauté de la Jeep en meme temps, on comprend très vite ce qu'il faut faire dans des coups pareils. Dans l'eau qui m'arrivait à la poitrine, j'ai pris le courant comme un coup de bélier ; l'eau marron tourbillonnait dans tous les sens, les cailloux roulaient sous mes pieds comme des boules de pétanque. J'ai attrapé un arceau de la Jeep, et puis le guide m'a saisie par le poignet pour m'empêcher de partir dans le courant. Je ne voyais plus les deux autres qui glougloutaient quelque part. Enfin le guide et moi avons réussi a empoigner la berge, qui s'est effritée sous nos ongles et nous a remis dans le courant, puis chacun un arbrisseau, grâce auquel nous avons pu nous hâler sur la terre ferme. Quelques minutes après, soulagement, les deux autres gars nous rejoignaient sous les banians. Nous étions tous les quatre assis par terre, hors d'haleine, couverts de boue jaune et la pluie nous en débarrassait en ruisselant sur nous, nous formions tous ensemble une véritable caricature du film d’aventure de série B. Nous nous sommes remis debout pour regarder la Jeep, qui tanguait dans le courant : l'eau arrivait maintenant aux portières et traversait la voiture. Rendel a prié, les deux mains jointes sous le menton : je lui ai demandé si c'était pour avant, ou pour la suite. Il m'a répopndu laconiquement : “les deux”, sa Jeep c'est son outil de travail tout de même.

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