1 août 2007

Elephants clandestins



La clandestinité, ça s'imagine comme un secret, ou pour le moins une affaire discrète. Ce qui prouve bien la force de nos préjugés. Parce que pas plus tard que cet après-midi, deux éléphants se font fait virer devant tout le monde pour ce délit outrancier.

C'a s'est passe non loin de Jaipur, au Rajasthan, au Fort d'Amber. Amber était naguère la capitale de l'état de Jaipur, c'est un palais presque rose dont la construction débute en 1592 par le bon plaisir du maharaja local Man Singh.

Quand on arrive en bas du fort, trois solutions s'offrent : monter à pied, en Jeep ou à dos d'éléphant, dans la nacelle. Le local des éléphants accrédités abrite 100 proboscidiens, la tête superbement décorée, et coiffés par une casquette de peinture noire du plus bel effet. Mais voila, des éléphants resquilleurs (ici on voit le premier) "banalisés" par leurs cornacs, se sont introduits en loucedé dans la forteresse, afin de souffler des clients aux collègues patentés. Hélas ! Horreur et putréfaction ! Pour la plus grande malchance des cornacs habiles, les éléphants portent aussi une sorte de petit dossard avec un numéro. Et, foutu hasard, voila que DEUX numéros 36 se sont retrouvés flanc à flanc dans la cour du Palais. Aussitôt, branle-bas de combat chez les "poils sous le nez" a qui cela n'a pas échappé, s'ignénient à trouver le moyen de faire descendre les cornacs. Eux bien sûr ne veulent pas décoller des têtes qui les mettent hors de porte de la Maréchaussée, laquelle prétend les déloger avec un crochet ! C'est qu'on ne s'enfuit pas en éléphant aussi vite que sur une Kawasaki, pas du tout ! A coup de menaces et d'aguicheries, alternant ton doucereux et mitraillage verbal menaçant, ils font descendre les cornacs par la "persuasion", et se font surtout illico remettre en douce un bakchich de 500 roupies (j'ai vu la transaction !). Les petits malins repartent, au pas très lent de leurs montures refoulées, sûrement pour repeindre un nouveau numéro sur le dossard.

Je passe au temple de Kali, la forme mauvaise de Devi, la régulière de Shiva : sous cet avatar, elle est toute noire, couverte de sang et porte un collier de crânes. Jusqu'en 1985, chaque semaine on égorgeait une chèvre en son honneur, sur la pierre même où je dépose une offrande de jasmin pour porter chance aux clandestins du Fort. Un moine m'apostille d'un point rouge entre les deux yeux, que j'efface aussitôt éloignée, d'un revers de main.

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