21 août 2007

Aventures tigresques - 3e séquence


Et puis au bout d'une heure et demie où nous ne nous sommes presque pas parlé, nous ne faisions rien d'autre que regarder et repenser à ce qui s'etait passé, l'eau a commencé à descendre. Les roues de la jeep ont progressivement émergé. J'ai dit : “Mon sac a du partir” – “On va aller voir” a dit le guide : à eux trois, les gars ont fait une chaine et ont pioché dans le bouillon qui avait investi la voiture. Et là, miracle, mon sac était coincé contre une portière et plus incroyable encore, les sacs Fnac étaient restés étanches (mais pas le reste). Quand la Jeep est sortie de l'eau, l'appareil photo sauvé du désastre m'a permis de faire deux photos dont celle qui figure ici. Nous sommes remontés dans la voiture ; elle est repartie en faisant quelques hoquets pour signaler que c’était déloyal de l’avoir lachée comme ça. Et puis nous avons éclaté de rire, le chauffeur a engueulé le guide, qui a râlé aussi contre le chauffeur,lequel a désigné la boule en verre avec Krishna dedans sur le tableau de bord, et puis nous avons de nouveau eu un fou rire. On était contents d'être vivants et que le jeep roule, voilà. Les sentiments nuancés et sophistiqués, la philosophie, c'est pas du tout pour ce genre de moments.

Je passe sur de nombreux details passionnants, l'extrême lenteur de notre progression, les nombreux avatars, la Jeep qui redescend de 3 m de talus en glissant dans la bouillasse, 2 heures d'attente pour que la décrue d’un nouveau torrent se produise etc. Il était 8h du soir lorsque nous nous sommes définitivement embourbés. Après une heure et demie de bricolage (remonter le vehicule, mettre des tas de choses sous les roues, creuser, combler), il fallait bien s'avouer vaincus. Les gars étaient bien contents de pouvoir utiliser la lampe frontale repéchée dans le sac Fnac, en bon état de marche en plus. A moi, il m'avait été commandé de rester dans la voiture et de pas bouger.

Le téléphone portable du guide ayant été noyé lorsque nous avions du nous éjecter de la jeep, nous avons essayé le mien, mais il n'y avait pas de signal. Le guide a alors proposé que nous partions à pied à la prochaine hutte forestière, où il y avait la CiBi, à environ deux km. Louée soit la lampe ! Sans elle nous ne nous serions pas éloignés de la jeep car la nuit de la jungle est totale, excepté les jolies petites lucioles qui traversent l'obscurité comme des étoiles filantes. La piste n'existait plus mais nous la sentions sous nos pieds : c'est plus dur que le végétal. Le guide marchait en tête, la lampe vissée sur le front, le chauffeur et le jeune gars nous marchions de front sur ses pas, nous tenant par la main. Parfois nous nous enfoncions dans de la boue jusqu'aux cuisses, on avait du mal à nous extirper sans perdre nos chaussures ; d'autres fois, l'eau nous montait jusqu'au ventre.

Et puis, comme si nous n'avions pas eu notre ration d'aventure, nous avons entendu un petit couinement auquel je n'ai accordé aucune attention : mais le guide et le chauffeur, si : "Tiga,Tiga" se sont-ils exclamés à voix basse, et le jeune gars m'a serré plus fort la main. Nous nous sommes arrêtés, à l'écoute, et le guide nous a dit de parler et de faire du bruit en marchant ; ce qu'on a fait ; tandis que lui modulait des sons étranges destinés à éloigner le fauve. Et puis il nous a dit de pas nous inquiéter, que le tigre aurait peur de la lampe frontale, qu'il n'avait sûrement jamais du en voir.

Nous sommes arrivés à la maison forestière, la lumière de la lampe à alcool m'a fait chaud au coeur. Et puis nous avons attendu le tracteur venu de 30 bornes (nous étions toujours en pleine jungle) en buvant du thé noir très sucré. Enfin, tout le monde est revenu avec la Jeep, le tracteur, le chauffeur, le guide, et le jeune gars de la forêt.

Nous sommes rentrés à Ramnagar : cela faisait près de 15 heures que nous étions partis.

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