16 août 2007

Rodéo dans les dunes

Monter et descendre les dunes, faire trotter la bestiole camélidée, a donné au camel man une très grande confiance dans mes capacités à jouer les cow-boys du désert sans finir la tête dans le sable ou accrochée par un pied au pommeau de la selle. Mais chacun sait que toute gloire a des compensations et pire, un revers de la médaille. A l'aube, après la nuit fastueuse, je me suis réveillée en entendant le bruit d'une jeep. Secouant la tête pour faire tomber les constellations encore accrochées à mes cheveux, je me suis intéressée à des salades en hindi auxquelles je n'entravais rien. Enfin, je suis restée avec le conducteur de la jeep, à manger des bonbons rouges et a boire du thé, tandis que Camel Man retournait au village au grand trot de MON chameau, le sûr et fiable animal de 7 ans qui m'avait jusqu'alors transportée avec le plus grand succès, pour lui comme pour moi. Nous étions déjà fiers l'un de l'autre, c'est vrai.

En fait, le village venait de recevoir un lot de candidats à la balade dans les dunes, des gens un peu vieux et du genre plutôt patates, et voila que mon dromadaire partait dare dare à la rescousse. Le chamelier allait revenir avec une autre bestiole, don't worry. Moi je me worry pas, je déguste la vie avec nonchalance. Il a un peu plu cette nuit et des bousiers sont au charbon sur les reliquats nocturnes des chameaux, je les regarde, spectacle passionnant : on dirait des dockers sous amphétamines.

Et puis Camel Man apparaît à l'horizon, monté sur une bestiole qui s'avère tout de suite très volubile des qu'il s'agit de replier ses grandes pattes pour changer de cavalier. Je remarqué qu'il a une denture étincelante, ce qui est facile à voir vu qu'il est tout le temps en train d'ouvrir la gueule pour dire son mot à chaque occasion, et bien fort en plus. On ne risque pas de passer inaperçus, pour le compte. Camel Man finit par répondre à mes questions (gestuelles) : oui, l'arrivant est un tout jeune animal, il a 3 ans. Mais il est "sérieux".

Le jeune animal n'a en tout cas pas l'allure noble et consciencieuse de son prédécesseur ; il marche le col baissé, la tête au ras du sable, à bout de rênes. Il gravit et redescend les dunes avec entrain, mais finit par déceler quelque chose qui le fait paniquer, ce qui se traduit par un long gargouillis qu'il éructe avec 70 décibels, ce prélude étant suivi d'un horrible hurlement qui ressemble a GNNNIIIIAAAAAA !!!!!! Et qui doit s'entendre jusqu'au Pakistan pas si loin. En même temps, la bestiole se jette n’importe où en mélangeant ses grandes pattes. Rassuré par des claquements de langue, il repart, les naseaux au sol comme un détecteur de métaux, ce qui lui permet immanquablement de trouver une demie heure plus tard une raison de perdre complètement les pédales et de pousser des braillements aussi bruyants qu'un réacteur d'avion de chasse.

J'ai été un peu secouée, mais le dromadaire n'avait aucunement l'intention de jouer un mauvais tour ; et avec le chamelier nous avons eu des vrais moments de rigolade. Pendant ce temps là, mon chauffeur qui comme tous ses semblables, est une vraie Mère Michu, avait appris grâce à ses collègues et à leur portable que le chameau numéro deux était jeune, s'était rendu au village sans avoir rien à y faire et menacé les chameliers d'alerter (grâce a son téléphone portable, moderne le Narainn !) l'Ambassade de France ! Personne ne l'a trop pris au sérieux, ni bien compris ce qu'il disait, car une ambassade, au désert, personne ne sait ce que c'est ... Il les a fait rire, ils étaient tout réjouis de me raconter l'affaire ! Le chameau lui aussi a braillé, bien qu'il n'ait lui aussi rien compris, on n'en attendait pas moins de la part de ce ruminant "amok". Le sage chameau de Camel Man le regardait avec des gros yeux pleins de désapprobation.

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