Non, je ne vais pas parler de radiateur, a moins qu'il ne se trouve sous le capot d'un de ces véhicules blanc à plaque jaune, de marque (indienne) Tata Indica ou Ambassador, deux casseroles, seules habilitées a trimballer des voyageurs étrangers sur les routes des Indes. D'ailleurs dessus il est écrit en rouge sur les portières "tourist" ou "toursit" selon l'habileté du peintre en lettres, et adieu l'anonymat pour le voyageur !
Les chauffeurs qui pilotent ces engins sont de drôles de cocos. Leur objectif consiste à vous emmener sur un parcours imposé a force de raisonnements absurdes auxquels en général vous ne comprenez rien. Pour vous détourner de votre objectif, un bon chauffeur ne recule devant rien : route bouchée, ville incendiée, épidémie, ours, crocodiles, gavials, risques d'empoisonnement, meurtre quasi assuré si vous ne prétendez n'en faire qu'a votre tête, fou que vous etes ! Votre chauffeur, il faut le croire, il a l'expérience, lui, et pas vous. Il va vous emmener dans des endroits où il touche une petite commission sur votre logement et vos repas et où il retrouve ses potes pour faire la nouba. Certains voyageurs touchent, à cause d'eux, le fond : ainsi j'ai rencontré deux gars français d'une trentaine d'années, tombés sous la coupe d'un chauffâtre particulièrement sadique. A peine débarqués de l'avion, ils ont été happés par un rabatteur et "comme ils avaient peur de ne rien trouver" (sic) ils ont acheté 3 semaines de route avec un monstre tout noir, au rictus malveillant, à la peau mâchurée de traces de variole. Ils n'ont pas vu Delhi, puisqu'ils sont partis de "tout près de l'aéroport". Ils sont deux et ils ont payé deux fois plus cher que moi. Leur chauffeur leur impose les visites, et le temps imparti pour celles-ci. Vers 15 H, il décide que cela suffit, qu’il a déjà trop conduit, et les amène dans un hôtel au milieu de nulle part, où ils sont cloués et obligés de manger, oeuf corse, sur place. Enfin, cette affaire de mangeaille leur semblait un vrai succès (il faut dire qu'ils n'avaient plus grand chose à quoi se rattraper). Certes, ils avaient été malades, et même plusieurs fois ; mais ils avaient guéri, grâce à leurs médocs. Et puis, ils ne dépensaient "que 1500 roupies" par repas chacun. Je n'ai pas eu la cruauté de leur signaler qu'on pouvait très bien manger pour 400 rp (5 euros), voire bien moins, parce qu'il y a des choses qui ne se font pas, des têtes qu'on n'enfonce pas un peu plus. Ils étaient en plus déjà atteint du syndrôme de Stockholm. Ils passaient leur temps à comploter sur la meilleure façon de faire plaisir à leur monstre haï et vénéré, mais celui ci ne voulait même pas manger avec eux, ni savoir leur nom ou leur métier. Les 2 gars l'avaient un peu mauvaise quand même, jusqu'à ce que l'apparition de leur chauffeur à leur table de restau ne les propulse, paniqués au garde-à-vous devant lui. L'autre cafard leur a dit de manger presto et d'aller se coucher, demain ils partiraient de bonne heure. Les deux types sont censés terminer leur chemin de croix à Bénarès ; je les ai aimablement incités, si leur désespoir était toujours aussi grand, à se jeter dans le Gange. Ils m'ont dit merci du conseil et sont partis au lit. That's the law of the west pour les plus faibles !
15 août 2007
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