28 juil. 2007

Tam-tam et nids de poule




Atterrir à New-Delhi est décevant. On pourrait être tout aussi bien à Lyon ou à Bordeaux. Pas de végétation dépaysante, pas de lumières sur la ville. Rien de plus qu'un non lieu, des bâtiments sans grâce et sans âme, des douaniers malveillants et imbus de leur fonction. La voiture du taxi que j'ai affrété se hâte vers le centre de la capitale indienne en longeant une autoroute en construction. Dans les structures de béton, en amont des premiers "slums", vivent des centaines d'individus dont une délégation se lance à l'assaut du taxi, arrêté à l'un des rares feux rouges respectés de la mégalopole. Les poings martèlent les vitres et les portières, des visages inouïs miment la douleur la plus torturante. Je fixe un point sur la banquette : je ne peux rien donner, même si j'en avais l'envie ; je n'ai pas encore de roupies indiennes, la plus petite coupure que je possède est un billet d'un dollar US. Et je sais trop bien que si j'ouvrais la vitre pour le mettre dans la première main tendue, "l'heureux" bénéficiaire aurait toutes les chances de se faire mettre en pièces par les autres mendigots avides de s'emparer d'une part du trésor. L'attente est longue, et rester aussi impassible que le Sphynx devient insupportable à mesure que s'écoulent les secondes qui rapprochent inéluctablement du feu vert. Le rythme du martèlement s'accélère, atteint un paroxysme étrange et désincarné. On dirait qu'il pleut des marrons. Le feu change, le chauffeur embraye la première en ronchonnant : " Rien que des feignants !", et la voiture s'engage en crissant dans l'un des inévitables nid de poule de la chaussée, celui-ci grand comme un chaudron.

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