La chaussée est le lieu le plus fascinant de Delhi. Les rues de Delhi sont faites de nids de poules remplis de pierres ou de bouillasse : le goudron y fait des apparitions anecdotiques, pour le plus grand bonheur des conducteurs de cyclo-pousse (ou rickshaws) qui s'envolent tels des champions du tour de France, avant de retomber dans un trou dont il faut s'extirper en appuyant très dur sur les pédales. Le passager encaisse lui aussi de fameuses secousses qui lui ruinent le dos, mais c'est ça la solidarité !
La rue est d'autant plus formidable qu'on y rencontre tout ce qui peut se déplacer : voitures bien sur, tchuk-tchuk, rickshaws, mobs bas de gamme, mais aussi bicyclettes, vaches, chèvres, éléphants, chiens ; j'ai remarqué aussi UNE POULE qui n'avait pas un bon karma, puisqu'elle s'est faite aplatir dans l'instant par un bus tout dézingué aux pneus lisses, mais sans merci pour le volatile.
Et puis au-dessus de la rue, une margaille de fils électriques souvent colonisés par des singes.
La conduite en ville se pratique selon la loi de l'arrangement de l'extrême millimètre exploitable et du culot. Le Klaxon est au moins aussi important que les freins : mais comme tout le monde klaxonne ou crie qu'il arrive sur son assemblage à roues, que les vaches aux cornes peintes en doré meuglent, je n'ai pas élucidé le réel intérêt de ces signaux sonores. Il arrive que deux conducteurs se retrouvent dans une situation que qu'on appellerait, dans le langage des échecs, "pat". Chacun regarde alors où ça coince et décide en quelques secondes et d'un commun accord le meilleur moyen de débloquer la situation, sous un concert de Klaxon belliqueux. Il y a beaucoup de feux rouges, mais, excepté dans le quartier où siège le gouvernement, ils ne sont pas pris en compte. Ce qui rend la vie très dure aux piétons. Je reconnais avoir eu le sang glace en traversant une quatre bandes a bord d'un rickshaw piloté par un pépé hors d'âge. On se sent petit, tout petit. On se remet avec humilité entre les mains de Vichnou. Surtout quand on a à l'esprit que l'Inde détient le record mondial de morts sur la route (150 par jour) - compte tenu très petit nombre de propriétaires d'une voiture (4 véhicule pour 1000 habitants).
Pour les amateurs de sirop de la rue, c'est un endroit absolument enthousiasmant, où l'on a en plus le plaisir de voir des flics dépassés, impuissants, ralant dans leurs moustaches (tous les flics du monde aiment les poils sous le nez), mais dépourvus de sifflet (!) ce qui ajoute un grain de piment au ravissement du spectateur un peu, quoi, rebelle sur les bords ? Vive le bordel !
2 commentaires:
"UNE POULE qui n'avait pas un bon karma"
Enfin une bonne nouvelle !!!
Visiblement, l'éléphant a la priorité sur l'autobus, qui lui même passe avant (ou sur) la poule.
Ben ouuiii ... j'etais sure que cela te plairait !
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