21 août 2007
Derniers jours a New-delhi
Aventures tigresques - 1ere séquence (allegro vivace)
Trouver "son" train est un invraisemblable casse-tête ; soit les convois au départ ne sont pas au tableau d’affichage, ou bien l’affichage en question s’avère faux. Tout le monde essaye d'aller là où il pense trouver son train, sans savoir si c'est la bonne idée. Les trains sont vieux et immenses, en ferraille peinte en gris, avec des barreaux aux fenêtres, d'un confort on ne peut plus rudimentaire (6 couchettes + 2 dans le couloir). La locomotive fonctionne au charbon. Sur les quais, il y a des charriots avec d'énormes paquets cousus dans de la toile de jute comme au temps de la Compagnie des Indes. Cris et bousculade. Des gens affligés toutes sortes de misères, des meutes d'enfants abandonnés vivent dans les recoins de cette immense gare que j'ai explorée. Dans les kiosques à journaux, pour des raisons non élucidées, on vend des piles de "Mein Kampf". J'ai eu l'impression de voir l'enfer sur terre, dans la gare d'Old Delhi. Cliché ou pas, c'est la réalité.
A 5H30 du matin, le train est arrivé à Ramnagar, d'où l'on peut se rendre dans la Corbett Tiger Reserve. Jim Corbett est un English devenu célèbre pour avoir chassé les tigres mangeurs d'homme qui sévissaient au debut du siècle dernier dans le coin. Mais il a surtout fait des photos, et lancé un vaste projet de protection des fauves qui peuplent cette région de l'Uttaranchal. La réserve fait 1320 km2 et elle contient - en principe - 140 tigres et 300 éléphants. Les animaux ne sont jamais appatés, et ne sont pas équipés d'une puce electronique. Le décompte est fait par les gardes forestiers qui surveillent et notent la forme et le nombre des empreintes. Tout ceci est géré par l'Etat. Donc arrivée sur place, j'ai pris un permis d'accès à la réserve - c'est obligatoire - comme il est obligatoire de louer un jeep avec un chauffeur et un guide, tous deux accredités par l'administrateur de la réserve. Il est interdit de se balader à pied dans la jungle.
Je me suis renseignée avant tout sur la météo : l'administrateur m'a dit que depuis 5 jours la mousson était assez calme, et qu'on prévoyait aujourd'hui les typiques pluies quotidiennes, mais pas de très fortes. Il est un homme responsable, m'assure-t-il, et si moindre danger était couru, il aurait dit Niet à mon expédition. C'est le genre de situation où l'on se croit ailleurs qu'aux Indes tellement c'est bien organisé...
Les Siwalik Rangers dominent cet endroit magnifique, ce sont les premiers contreforts himalayens (à vol d'oiseau le Népal est a 120 km). Grand bonheur de partir à l'aube pour cette aventure. Le guide et le chauffeur étaient sympas et nous étions, de plus, les seuls dans la réserve à l'exception d'une mega jeep avec 6 jeunes indiens de la classe favorisée. La classe qui a du fric en Inde est immonde : on ne peut pas imaginer plus méprisante avec tout ceux de leurs compatriotes qu'ils jugent inférieurs.
La matinée a été très excitante : en fait le chauffeur comme le guide voulaient vraiment trouver des tigres, alors que ce n'est pas la bonne saison pour les voir ; la mousson fait que les fauves n'ont plus besoin de se rendre dans les points d'eau permanents pour se désaltérer. Le terrain était très difficile, avec des digues de béton effondrées emportées 15 jours avant par les pluies ; aussi le chauffeur cherchait-il des endroits de la berge qui soient carrossables pour traverser les rivières nouvelles-nées. Il avait aussi en tête de semer la jeep des Indiens, c'était un concours de savoir-faire et de ressources mécaniques de la Jeep de chacun, une affaire de point d'honneur. Je ne pensais pas qu'on pouvait faire des manoeuvres aussi extravagantes avec un véhicule, tout Jeep qu'il soit. D'ailleurs - et à notre grande satisfaction - les indiens et leur chauffeur ont du abandonner la partie, enlisés, tandis que dans l'herbe à éléphant, le guide et moi faisions les contrepoids comme sur un voilier pour permettre à la jeep de s'extirper des marécages, c'était formidable, on s'amusait vraiment bien. On a vu des empreintes de tigres et d'éléphants, mais pas les bêtes elles-mêmes : il y en avait des tas d'autres, mais bon, on était ici pour pister le tigre !
Souvent il fallait que Rendel (le pilote) coupe des branches et les mette sous les roues, ou bien nous nous extrayions des bourbiers dans une giclée de gadoue, nous étions maculés de de taches. Ces types sont jeunes, dans la trentaine, cela semblait ne pas les déranger, au contraire, cette balade un peu duraille. Enfin vers 13 heures la Jeep a mis le cap sur une maison forestière où l'on peut se reposer et manger sur le pouce, du riz et du thé. Il y avait les indiens snobs qui étaient déjà là, ils faisaient la gueule car ils craignaient qu'on ait vu des tigres et pas eux. Ils semblaient bien soulagés que non, on en ait pas rencontré. Rendel a dit qu'on les verrait, les tigres, au crépuscule ; il a dit cela surtout parce que les indiens prétentieux repartaient à ce moment de la réserve, et que moi j'avais demandé a y rester jusqu'au soir. Il a été convenu de ne repartir que vers 15H. C'est très fatigant c'est vrai, les accidents de terrain font de la bagnole un tape-cul, le mieux est d'être debout en tenant les arceaux. La jeep est équipée de deux rangées de sièges en plus des sièges avant ; le guide était au premier et moi derrière lui, nous occupions naurellement les positions stratégiques. On peut même se mettre debout sur les sièges, à l'arrêt (!) pour scruter les alentours !
Aventures tigresques - 2e séquence
Et puis pendant que j'écrivais dans mon cahier sous la véranda de feuilles de palmes, la pluie a commencé à tomber ; les rangers fumaient et l'eau tombait avec une force incroyable, une densité inouie. Rendel et le guide sont arrivés, très pressés, pour me dire qu'il fallait partir, que la pluie ne s'arrêterait pas et que, même si c'etait le cas, la jungle serait un tel bourbier que de toutes facons, on ne pourrait rien faire de mieux. J'étais d'accord, c'était l'option raisonnable, j'ai mis mes affaires dans des sac de la Fnac que j'ai noués avec de la cordelette à cause de l'humidité, et nous avons couru a la jeep, bâchée maintenant, accompagnés d'un jeune gars pour donner un coup de main au cas où, vu que le retour vers les postes de sortie risquait d'être difficile. Ce l'a été, mais je passe les détails de cette route infernale, sous une pluie terrifiante, avec des arbres tombés qu'il fallait contourner, les ruisseaux devenus des torrents, la nature complètement chamboulée. C'etait une sacrée expérience et j'ouvrais tout grand les quinquets pour ne rien perdre du spectacle. Et puis nous sommes arrivés devant ce qui était le matin un aimable petit torrent, pareil à la Durance quand on la traverse à pied sec, qui s'etait transformé en un énorme torrent brunâtre. Là, Rendel, tout casse-cou qu'il s'était montré, il a dit non, on y va pas. Le guide lui a crié d'y aller, que l'eau arrivait derrière aussi et qu'il devait nous rester quelques minutes pour lancer la jeep de l'autre côté. Rendel a decouplé les trains de roue d'un geste sec, le moteur a rugi et la jeep s'est projetée en avant. Le choc a été très puissant, et puis aux deux-tiers du torrent, nous avons vu une gigantesque masse d'eau qui déboulait, chargée de branches, de troncs, et nous avons tous sauté de la Jeep en meme temps, on comprend très vite ce qu'il faut faire dans des coups pareils. Dans l'eau qui m'arrivait à la poitrine, j'ai pris le courant comme un coup de bélier ; l'eau marron tourbillonnait dans tous les sens, les cailloux roulaient sous mes pieds comme des boules de pétanque. J'ai attrapé un arceau de la Jeep, et puis le guide m'a saisie par le poignet pour m'empêcher de partir dans le courant. Je ne voyais plus les deux autres qui glougloutaient quelque part. Enfin le guide et moi avons réussi a empoigner la berge, qui s'est effritée sous nos ongles et nous a remis dans le courant, puis chacun un arbrisseau, grâce auquel nous avons pu nous hâler sur la terre ferme. Quelques minutes après, soulagement, les deux autres gars nous rejoignaient sous les banians. Nous étions tous les quatre assis par terre, hors d'haleine, couverts de boue jaune et la pluie nous en débarrassait en ruisselant sur nous, nous formions tous ensemble une véritable caricature du film d’aventure de série B. Nous nous sommes remis debout pour regarder la Jeep, qui tanguait dans le courant : l'eau arrivait maintenant aux portières et traversait la voiture. Rendel a prié, les deux mains jointes sous le menton : je lui ai demandé si c'était pour avant, ou pour la suite. Il m'a répopndu laconiquement : “les deux”, sa Jeep c'est son outil de travail tout de même.
Aventures tigresques - 3e séquence
Et puis au bout d'une heure et demie où nous ne nous sommes presque pas parlé, nous ne faisions rien d'autre que regarder et repenser à ce qui s'etait passé, l'eau a commencé à descendre. Les roues de la jeep ont progressivement émergé. J'ai dit : “Mon sac a du partir” – “On va aller voir” a dit le guide : à eux trois, les gars ont fait une chaine et ont pioché dans le bouillon qui avait investi la voiture. Et là, miracle, mon sac était coincé contre une portière et plus incroyable encore, les sacs Fnac étaient restés étanches (mais pas le reste). Quand la Jeep est sortie de l'eau, l'appareil photo sauvé du désastre m'a permis de faire deux photos dont celle qui figure ici. Nous sommes remontés dans la voiture ; elle est repartie en faisant quelques hoquets pour signaler que c’était déloyal de l’avoir lachée comme ça. Et puis nous avons éclaté de rire, le chauffeur a engueulé le guide, qui a râlé aussi contre le chauffeur,lequel a désigné la boule en verre avec Krishna dedans sur le tableau de bord, et puis nous avons de nouveau eu un fou rire. On était contents d'être vivants et que le jeep roule, voilà. Les sentiments nuancés et sophistiqués, la philosophie, c'est pas du tout pour ce genre de moments.
Je passe sur de nombreux details passionnants, l'extrême lenteur de notre progression, les nombreux avatars, la Jeep qui redescend de 3 m de talus en glissant dans la bouillasse, 2 heures d'attente pour que la décrue d’un nouveau torrent se produise etc. Il était 8h du soir lorsque nous nous sommes définitivement embourbés. Après une heure et demie de bricolage (remonter le vehicule, mettre des tas de choses sous les roues, creuser, combler), il fallait bien s'avouer vaincus. Les gars étaient bien contents de pouvoir utiliser la lampe frontale repéchée dans le sac Fnac, en bon état de marche en plus. A moi, il m'avait été commandé de rester dans la voiture et de pas bouger.
Le téléphone portable du guide ayant été noyé lorsque nous avions du nous éjecter de la jeep, nous avons essayé le mien, mais il n'y avait pas de signal. Le guide a alors proposé que nous partions à pied à la prochaine hutte forestière, où il y avait la CiBi, à environ deux km. Louée soit la lampe ! Sans elle nous ne nous serions pas éloignés de la jeep car la nuit de la jungle est totale, excepté les jolies petites lucioles qui traversent l'obscurité comme des étoiles filantes. La piste n'existait plus mais nous la sentions sous nos pieds : c'est plus dur que le végétal. Le guide marchait en tête, la lampe vissée sur le front, le chauffeur et le jeune gars nous marchions de front sur ses pas, nous tenant par la main. Parfois nous nous enfoncions dans de la boue jusqu'aux cuisses, on avait du mal à nous extirper sans perdre nos chaussures ; d'autres fois, l'eau nous montait jusqu'au ventre.
Et puis, comme si nous n'avions pas eu notre ration d'aventure, nous avons entendu un petit couinement auquel je n'ai accordé aucune attention : mais le guide et le chauffeur, si : "Tiga,Tiga" se sont-ils exclamés à voix basse, et le jeune gars m'a serré plus fort la main. Nous nous sommes arrêtés, à l'écoute, et le guide nous a dit de parler et de faire du bruit en marchant ; ce qu'on a fait ; tandis que lui modulait des sons étranges destinés à éloigner le fauve. Et puis il nous a dit de pas nous inquiéter, que le tigre aurait peur de la lampe frontale, qu'il n'avait sûrement jamais du en voir.
Nous sommes arrivés à la maison forestière, la lumière de la lampe à alcool m'a fait chaud au coeur. Et puis nous avons attendu le tracteur venu de 30 bornes (nous étions toujours en pleine jungle) en buvant du thé noir très sucré. Enfin, tout le monde est revenu avec la Jeep, le tracteur, le chauffeur, le guide, et le jeune gars de la forêt.
Nous sommes rentrés à Ramnagar : cela faisait près de 15 heures que nous étions partis.
17 août 2007
Des âmes de musiciens dans des corps de rats
Ces buveurs de lait ne sont pas ce que leur apparence pourrait laisser croire. Ce sont des Musiciens. Et pourtant, pas l'ombre d'une guitare, pas d'accordéons, pas de contrebasses, pas de trompettes marines ou même de pianocktail : les dieux hindous se sont affrontés à leur sujet, et les voila certes réduits au silence, mais aussi a un sort somme toute inespéré.
Karni Mata, un des multiples avatar d'un dieu parmi les autres, fit au 16e siècle une demande spéciale et argumentée a Yama, dieu de la Mort : rendre la vie au fils d'un musicien. La Mort, comme tout le monde l'a bien remarqué et largement déploré, est cynique. Elle envoie promener Karna Mati, qui, pour se venger, transforme tous les musiciens en rats, privant ainsi la mort, au jour fatal, de ces belles et précieuses âmes.
Aujourd'hui, le temple de Karni Mata, ou temple des Rats, est un lieu de pélerinage et de vénération. Aucun danger que les petits animaux se la jouent filles de l'air : ils sont pourvus à satiété de nourriture choisie et chouchoutés comme personne. En plein milieu du désert du Rajasthan, c'est une situation qui n'arrive même pas aux humains.
Il ne faut pas confondre l'histoire de ces milliers de rats avec la métempsycose, une thèse selon laquelle un mauvais karma (ou comportement dans la vie terrestre) pourrait être puni par une réincarnation dans la peau d'un animal. Si cela arrive à quelqu'un (en supposant que cela se puisse savoir) c'est la honte totale !
Elephant VS locomotive : match nul
Ca s'est passé le 28 septembre 1894 ; ce jour la dans la jungle de Saranda, dans la région de Calcutta, un éléphant qui traverse la voie ferrée entre en collision avec le train. Le caramel est violent des deux côtés : l'éléphant est devenu un tas de pulpe rouge, tandis que la motrice et 7 wagons s'éparpillent dans la nature.
Les défenses de l'éléphant, restées intactes, sont récupérées : l'une est envoyée au siège de la Compagnie des Chemins de Fer à Londres, l'autre est offerte au conducteur de la locomotive, un certain James Bell, pour le souvenir, au cas où il oublierait l'événement.
Quant au crâne de l'éléphant, peint en gris fer, (!) il est visible dans une vitrine du Musée National du Rail, a Delhi.
16 août 2007
Rodéo dans les dunes
Monter et descendre les dunes, faire trotter la bestiole camélidée, a donné au camel man une très grande confiance dans mes capacités à jouer les cow-boys du désert sans finir la tête dans le sable ou accrochée par un pied au pommeau de la selle. Mais chacun sait que toute gloire a des compensations et pire, un revers de la médaille. A l'aube, après la nuit fastueuse, je me suis réveillée en entendant le bruit d'une jeep. Secouant la tête pour faire tomber les constellations encore accrochées à mes cheveux, je me suis intéressée à des salades en hindi auxquelles je n'entravais rien. Enfin, je suis restée avec le conducteur de la jeep, à manger des bonbons rouges et a boire du thé, tandis que Camel Man retournait au village au grand trot de MON chameau, le sûr et fiable animal de 7 ans qui m'avait jusqu'alors transportée avec le plus grand succès, pour lui comme pour moi. Nous étions déjà fiers l'un de l'autre, c'est vrai.
En fait, le village venait de recevoir un lot de candidats à la balade dans les dunes, des gens un peu vieux et du genre plutôt patates, et voila que mon dromadaire partait dare dare à la rescousse. Le chamelier allait revenir avec une autre bestiole, don't worry. Moi je me worry pas, je déguste la vie avec nonchalance. Il a un peu plu cette nuit et des bousiers sont au charbon sur les reliquats nocturnes des chameaux, je les regarde, spectacle passionnant : on dirait des dockers sous amphétamines.
Et puis Camel Man apparaît à l'horizon, monté sur une bestiole qui s'avère tout de suite très volubile des qu'il s'agit de replier ses grandes pattes pour changer de cavalier. Je remarqué qu'il a une denture étincelante, ce qui est facile à voir vu qu'il est tout le temps en train d'ouvrir la gueule pour dire son mot à chaque occasion, et bien fort en plus. On ne risque pas de passer inaperçus, pour le compte. Camel Man finit par répondre à mes questions (gestuelles) : oui, l'arrivant est un tout jeune animal, il a 3 ans. Mais il est "sérieux".
Le jeune animal n'a en tout cas pas l'allure noble et consciencieuse de son prédécesseur ; il marche le col baissé, la tête au ras du sable, à bout de rênes. Il gravit et redescend les dunes avec entrain, mais finit par déceler quelque chose qui le fait paniquer, ce qui se traduit par un long gargouillis qu'il éructe avec 70 décibels, ce prélude étant suivi d'un horrible hurlement qui ressemble a GNNNIIIIAAAAAA !!!!!! Et qui doit s'entendre jusqu'au Pakistan pas si loin. En même temps, la bestiole se jette n’importe où en mélangeant ses grandes pattes. Rassuré par des claquements de langue, il repart, les naseaux au sol comme un détecteur de métaux, ce qui lui permet immanquablement de trouver une demie heure plus tard une raison de perdre complètement les pédales et de pousser des braillements aussi bruyants qu'un réacteur d'avion de chasse.
J'ai été un peu secouée, mais le dromadaire n'avait aucunement l'intention de jouer un mauvais tour ; et avec le chamelier nous avons eu des vrais moments de rigolade. Pendant ce temps là, mon chauffeur qui comme tous ses semblables, est une vraie Mère Michu, avait appris grâce à ses collègues et à leur portable que le chameau numéro deux était jeune, s'était rendu au village sans avoir rien à y faire et menacé les chameliers d'alerter (grâce a son téléphone portable, moderne le Narainn !) l'Ambassade de France ! Personne ne l'a trop pris au sérieux, ni bien compris ce qu'il disait, car une ambassade, au désert, personne ne sait ce que c'est ... Il les a fait rire, ils étaient tout réjouis de me raconter l'affaire ! Le chameau lui aussi a braillé, bien qu'il n'ait lui aussi rien compris, on n'en attendait pas moins de la part de ce ruminant "amok". Le sage chameau de Camel Man le regardait avec des gros yeux pleins de désapprobation.
Une nuit au ciel
Aucune nuit, dans aucun palace au monde, ne pourra être comparée au luxe inouï d'une nuit face au ciel, telle que j'ai pu la vivre.
Le camel man m'a donne une couverture qui sentait le suint, dont je me suis fait matelas. J'avais ma couverture personnelle, celle qui me suit partout. Quel confort ! Sur le haut de la dune, la tache sombre ce n'est pas une tombe mérovingienne, ni un cheval mort, c'est mon campement. Ayant eu l'avantage de partir sans compagnons de route, ce que j'avais voulu, je n'ai pas eu à subir la dégradation spatio-temporelle que génère immanquablement toute expédition de touristes, dès l'instant ou leur nombre est supérieur à deux.
Lorsque la nuit est tombée pour de bon, et que le chamelier a éteint les braises du feu du bivouac, la terre s'est renversée, elle a littéralement basculé. Le désert de Thar est soudain devenu une mince langue de sable, et le ciel a pris possession de tout l'espace disponible. Mes yeux n'étaient pas assez grands pour tant de ciel, et j'ai égrené le plus longtemps possible le chapelet de l'infini en comptant les étoiles, jusqu'aux derniers confins du sommeil, qui me poussait du mufle.
Ca y est, j'ai mon permis "Camel Turbo" !
Désert (suite)
L'heure a sonné de vérifier si la bestiole, le désert et moi, nous sommes prêts à nous entendre. Les dromadaires ont un piercing dans le gras de la partie supérieure des naseaux, où l'on fait passer deux petites navettes d'argent ouvragées dans lesquelles les rênes viennent s'attacher.
Ces rênes sont très fines, elles sont faites de corde. Le dromadaire pèse 700 kg, c'est bluffant de tenir cette volumineuse bestiole grâce à un appareillage aussi délicat !
15 août 2007
L'anniversaire de l'Indépendance gaché par les terroristes d'Al Quaida
Oui, aujourd'hui 15 août, c'est l'anniversaire des 60 ans de l'indépendance de l'Inde. C'est en 1947, que la Couronne britannique réalise l'impossibilité de rapprocher les factions indiennes et musulmanes.
Mountbatten, qui n'était pas idiot, accorde l'indépendance en 1947, avec un an d'avance sur le calendrier diplomatique. Il jette au loin la patate chaude ...
En 60 ans d'existence la démocratie indienne n'a pas connu que des jours brillants, notamment lorsque la fille de Nehru, Indira Gandhi, était au pouvoir. Les tensions communautaires sont malheureusement encore à l'ordre du jour pour le Sous-Continent : la fête nationale n'aura aucun éclat, New Delhi est en quasi état de siège. Gros déploiement militaire : il s'agit de répondre à la menace d'Al Quaida, qui s'est exprimé le 5 août. Adieu la grande "party" prévue à Connaught Place et la fête familiale sur les pelouses de l'Indian Gate !
Mais volent dans le ciel, les rudimpentaires cerfs-volants aux couleurs du drapeau national, au point d'en obscurcir le ciel.
Le jour ou ces saloperies de terroristes auront été réduits a quia, c'est une fête mondiale qu'il faudra faire. Et ce n'est pas encore pour demain, hélas.
Alors les chameaux, c'était comment ?
Avant de parler des dromadaires, il faut donner un aperçu de la bestiole herself. Il faut savoir qu'en Inde, le Dromadaire est sacré, comme presque tous les animaux, avec deux exceptions notoires : le chien et le buffle. Le "vaisseau du désert" porte souvent des colliers de perles et divers affiquets. Malgré leur réputation, beaucoup de dromadaires ont donc leur pompon (!). Aux Indes rien n'échappe à la décoration en couleurs vives, perles, galons, dorures, miroirs. Moutons à bandanas, chèvres aux parures de jasmin, vaches aux cornes peintes en doré
Le dromadaire, il n'a rien dans la tête, et n’a aucune mémoire. Il ne rêve que de mordre - un mauvais penchant qu'on lui fait oublier de bonne heure - et puis il rumine. Si on oublie de le faire travailler trois jours, voila notre dadais qui ne sait plus rien, a tout oublié de A à Z et ne peut offrir que la mansuétude de sa bonne petite tête un peu hautaine, juchée sur ce drôle de col serpentin. "Non, je t'assure, j'y arrive pas, et pourtant je suis a fond !" semble se lamenter la bestiole. Laisse tomber la neige ! Un drom', c'est pas demain qu'il battra Kasparov aux échecs, et puis il faut de tout pour faire un monde, non ? Et puis lui, tiens, il peut rester 45 jours sans boire et sans manger. C'est plus important, dans le désert, que de déclamer du Shakespeare (ce qui mettrait tout le monde mal a l'aise). Encore des objections ?
En tout cas, il a de drôles de pattes, l'animal ! Vous avez vu cela ???
Désertissimo
Les petits enfants du désert sont légion. A la vue de la Jeep, dont le capot est décoré du trident de Krishna, ils accourent. Ils vivent dans les maisons de pisé que l'on voit derrière eux. L'eau est une préoccupation constante dans ces hameaux : en temps de sécheresse, un camion permet à chacun d'avoir un seau du précieux liquide. Les enfants du désert sont toujours gais et souriants. Plus grands, ils ne souriront plus devant la camera, parce qu'ils devront montrer une grande dignité. Ce jour la ils sont toutes quenottes dehors et ont reçu chacun deux bonbons.
En haut et en rouge, c'est une villageoise qui me prépare une tasse de tchai massala : du lait de chamelle auquel on ajoute du thé Assam et une pincée d'épices et qui se boit brûlant et très sucré.
Chez les Rajput, la parure est essentielle. Les femmes portent des soies merveilleuses ajourées de filigranes métalliques, des anneaux d'or dans les narines, des bracelets en argent aux chevilles et aux poignets. Pourtant, dans cette société très ancienne, elles sont jugées inférieures. Elles réalisent les travaux les plus durs. En les voyant au travail, creusant la terre, cuisant des briques, coulant le béton sur la route, on pense à des reines punies. Elles en ont d'ailleurs le port de tête, la dignité et la réserve.
Le chemin de croix des mal chauffés
Les chauffeurs qui pilotent ces engins sont de drôles de cocos. Leur objectif consiste à vous emmener sur un parcours imposé a force de raisonnements absurdes auxquels en général vous ne comprenez rien. Pour vous détourner de votre objectif, un bon chauffeur ne recule devant rien : route bouchée, ville incendiée, épidémie, ours, crocodiles, gavials, risques d'empoisonnement, meurtre quasi assuré si vous ne prétendez n'en faire qu'a votre tête, fou que vous etes ! Votre chauffeur, il faut le croire, il a l'expérience, lui, et pas vous. Il va vous emmener dans des endroits où il touche une petite commission sur votre logement et vos repas et où il retrouve ses potes pour faire la nouba. Certains voyageurs touchent, à cause d'eux, le fond : ainsi j'ai rencontré deux gars français d'une trentaine d'années, tombés sous la coupe d'un chauffâtre particulièrement sadique. A peine débarqués de l'avion, ils ont été happés par un rabatteur et "comme ils avaient peur de ne rien trouver" (sic) ils ont acheté 3 semaines de route avec un monstre tout noir, au rictus malveillant, à la peau mâchurée de traces de variole. Ils n'ont pas vu Delhi, puisqu'ils sont partis de "tout près de l'aéroport". Ils sont deux et ils ont payé deux fois plus cher que moi. Leur chauffeur leur impose les visites, et le temps imparti pour celles-ci. Vers 15 H, il décide que cela suffit, qu’il a déjà trop conduit, et les amène dans un hôtel au milieu de nulle part, où ils sont cloués et obligés de manger, oeuf corse, sur place. Enfin, cette affaire de mangeaille leur semblait un vrai succès (il faut dire qu'ils n'avaient plus grand chose à quoi se rattraper). Certes, ils avaient été malades, et même plusieurs fois ; mais ils avaient guéri, grâce à leurs médocs. Et puis, ils ne dépensaient "que 1500 roupies" par repas chacun. Je n'ai pas eu la cruauté de leur signaler qu'on pouvait très bien manger pour 400 rp (5 euros), voire bien moins, parce qu'il y a des choses qui ne se font pas, des têtes qu'on n'enfonce pas un peu plus. Ils étaient en plus déjà atteint du syndrôme de Stockholm. Ils passaient leur temps à comploter sur la meilleure façon de faire plaisir à leur monstre haï et vénéré, mais celui ci ne voulait même pas manger avec eux, ni savoir leur nom ou leur métier. Les 2 gars l'avaient un peu mauvaise quand même, jusqu'à ce que l'apparition de leur chauffeur à leur table de restau ne les propulse, paniqués au garde-à-vous devant lui. L'autre cafard leur a dit de manger presto et d'aller se coucher, demain ils partiraient de bonne heure. Les deux types sont censés terminer leur chemin de croix à Bénarès ; je les ai aimablement incités, si leur désespoir était toujours aussi grand, à se jeter dans le Gange. Ils m'ont dit merci du conseil et sont partis au lit. That's the law of the west pour les plus faibles !
Jodhpur, le pays de Mort
Le fort Meherangarh domine Jodhpur, faite de petits cubes bleus amoncelés au pied de ce palais fabuleux. L'ensemble est protégé par une muraille de 10 km de long qui date du XVIe siècle. Ca sent le jasmin et les égouts. Jodhpur se situe sur une route marchande autrefois vitale, et a prospéré en vendant des dattes, du cuivre, du santal, de l'opium, ce dernier ayant été de longue date (et reste encore) un élément de convivialité. Il était servi pour les mariages - les familles scellaient leur alliance en buvant de la tisane d'opium. Les guerriers Rajput en consommaient aussi avant de partir à la bataille. "Cela leur permettait de pouvoir voir en rêve les exploits qu'ils allaient accomplir, et de moins souffrir des douleurs de leurs blessures" est-il explique. Le royaume du chef du clan Rajput des Rathor, autour de Jodphur, s'appelait autrefois Marwar (pays de la Mort) à cause de la vaillance de ses chevaliers. Pénétrés d'un très puissant orgueil de race, ils ne balançaient jamais entre la soumission et le sacrifice. S'apercevant qu'une bagarre tournait au vinaigre et qu'ils ne pourraient en aucun cas être victorieux, ils se dépouillaient de leur casque et du haut de leur armure, ceignaient leurs têtes du turban orange, symbole de la chevalerie, ouvraient les portes du fort et se battaient jusqu'a la mort. Leurs femmes montaient sur les bûchers, souvent accompagnées des enfants, pour n'être jamais soumises aux ennemis. Les valeurs chevaleresques sont encore très présentes dans la culture Rajput, et cette caste tient de façon obsessive à la pureté de son sang. Il est très rare encore aujourd'hui qu'un Rajput se marie en dehors de sa caste, même s'il n'est pas de sang noble.
9 août 2007
Dromadairodrome
Depuis hier, je suis aux confins du désert de Thar, à Jaisalmer. La route a été longue et soporifique ; la route était comme une feuille de mica brûlante, sur laquelle le sable se répandait pour tenter de la recouvrir comme de la pâte à crêpe. Mon chauffeur et moi avons chiqué du masala pour ne pas tomber dans le coltar. Nous n'arrivions même plus à discuter. La chique de masale a failli me faire cogner au plafond tellement c'est costaud !
Encore et toujours des huttes, des dromadaires, des casernes de Zangra pour mieux surveiller le Pakistan tout proche, des buissons peu accueillants et soudain une ville ocre fortifiée a émergé du sable : Jaisalmer, une viulle fortifiée couleur de sable plantée au milieu du désert. Je loge dans les fortifications, dans une chambre presque ronde en haut d'une tour aux fenêtres d'architecture moghole, aux rideaux de mousseline pourpre. De mon lit je vois des millions d'étoiles. Je réalise un rêve d'enfant dans cette pièce blanchie à la chaux, aux lourdes tentures colorées constellées de miroirs, au sol de marbre rose.
Par contre, l'électricité se fait rare ; hier soir elle s'est fait la malle de 19 H à 23 heures, et ce matin nouvel évanouissement jusqu'a midi. Ambiance romantique délicieuse le soir, c'est vrai, mais plus de ventilateurs ni de clim ! Et la, l'affaire devient tout de suite moins rigolote. Il fait 40°C la nuit. Quoique les douches dans le noir (que faire sinon prendre des douches) constituent une expérience fort intéressante, sauf si on ne sait plus où est le savon. Zut ! sous le pied ! AArrghh !
Demain, je pars dans le désert quelques jours. Il faut prendre une Jeep pour aller cueillir les dromadaires au nid dans leur village à 65 bornes. Ensuite il y a une heure de leçon de pilotage du camélidé sur un circuit, et si l'on a pas chu dans la poussière sous les quolibets des indigènes, on part pour quelques jours visiter villages et oasis, et dormir à la belle étoile chez le marchand de sable. Je bous d'impatience !
Je ne peux pas envoyer de photos ces jours ci : l'état des PC, les modems de l'âge de pierre, les coupures d'électricité ne le permettent pas pour le moment ! So long !
4 août 2007
Institut de beauté
Oh oui gratte moi les pieds ça fait du bien !
Mon short
En Inde, il est totalement indécent de montrer ses guiboles, et même ses chevilles. Il faut endurer des températures dantesques en manches aux coudes et en pantalon. Et a l'hôtel, pas questions de s'installer sur son balcon en tenue décontractée, sans que les fenêtres et les toits voisins se garnissent de grappes de mecs qui restent postés des heures dans l'espoir de vous reluquer, en poussant des cris - au cas ou vous vous ne seriez pas aperçue de leur présence, hein ! Sauf ce jour où j'ai un balcon qui donne sur la nature, et pas n'impote lequel, un jardin de roses ! Alors forcément, avoir pu tribuler en SHORT est un événement qui mérite une photo.
1 août 2007
Elephants clandestins
La clandestinité, ça s'imagine comme un secret, ou pour le moins une affaire discrète. Ce qui prouve bien la force de nos préjugés. Parce que pas plus tard que cet après-midi, deux éléphants se font fait virer devant tout le monde pour ce délit outrancier.
C'a s'est passe non loin de Jaipur, au Rajasthan, au Fort d'Amber. Amber était naguère la capitale de l'état de Jaipur, c'est un palais presque rose dont la construction débute en 1592 par le bon plaisir du maharaja local Man Singh.
Quand on arrive en bas du fort, trois solutions s'offrent : monter à pied, en Jeep ou à dos d'éléphant, dans la nacelle. Le local des éléphants accrédités abrite 100 proboscidiens, la tête superbement décorée, et coiffés par une casquette de peinture noire du plus bel effet. Mais voila, des éléphants resquilleurs (ici on voit le premier) "banalisés" par leurs cornacs, se sont introduits en loucedé dans la forteresse, afin de souffler des clients aux collègues patentés. Hélas ! Horreur et putréfaction ! Pour la plus grande malchance des cornacs habiles, les éléphants portent aussi une sorte de petit dossard avec un numéro. Et, foutu hasard, voila que DEUX numéros 36 se sont retrouvés flanc à flanc dans la cour du Palais. Aussitôt, branle-bas de combat chez les "poils sous le nez" a qui cela n'a pas échappé, s'ignénient à trouver le moyen de faire descendre les cornacs. Eux bien sûr ne veulent pas décoller des têtes qui les mettent hors de porte de la Maréchaussée, laquelle prétend les déloger avec un crochet ! C'est qu'on ne s'enfuit pas en éléphant aussi vite que sur une Kawasaki, pas du tout ! A coup de menaces et d'aguicheries, alternant ton doucereux et mitraillage verbal menaçant, ils font descendre les cornacs par la "persuasion", et se font surtout illico remettre en douce un bakchich de 500 roupies (j'ai vu la transaction !). Les petits malins repartent, au pas très lent de leurs montures refoulées, sûrement pour repeindre un nouveau numéro sur le dossard.
Je passe au temple de Kali, la forme mauvaise de Devi, la régulière de Shiva : sous cet avatar, elle est toute noire, couverte de sang et porte un collier de crânes. Jusqu'en 1985, chaque semaine on égorgeait une chèvre en son honneur, sur la pierre même où je dépose une offrande de jasmin pour porter chance aux clandestins du Fort. Un moine m'apostille d'un point rouge entre les deux yeux, que j'efface aussitôt éloignée, d'un revers de main.